PEL et PEdT

mardi 7 juillet 2015, par Paul Monnoyer

La loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République du 8 juillet 2013 est une étape importante dans l’élaboration des politiques publiques éducatives.

1) Elle enrichit tout d’abord les missions de l’école en faisant de l’école primaire sa priorité pour la réussite éducative des enfants et des jeunes 2) Elle atteste du rôle des collectivités locales dans le champ éducatif à travers la construction d’un projet éducatif territorial pour l’organisation d’activités après l’école. 3) Elle remet au cœur de l’action éducative, la concertation locale, le partenariat et la coopération.

L’enquête 2014 qu’a réalisé l’ANDEV auprès de ses adhérents lors de son congrès organisé à Reims, fait état de la formalisation d’un PEDT pour 2/3 de ses membres, soit 68 % dont 66 % un projet éducatif local et 2 % un projet décliné par école.

Avant la mise en place de la réforme, près de la moitié, soit 48 % des adhérents de l’ANDEV, disposait déjà d’un projet éducatif local ou global. Dans la majorité des cas, 54 % des répondants avaient directement intégré le PEDT au projet éducatif existant. Outre la formalisation d’un cadre, l’élaboration du PEDT semble avoir favorisé le dialogue entre les différents acteurs de la réforme sur de nombreux enjeux éducatifs. 7 répondants sur 10 considéraient que ce projet aurait permis de mettre en place une politique éducative municipale. Deux tiers estimaient que sa rédaction avait donné l’occasion de travailler sur la notion de parcours éducatifs dans tous ses aspects : culturel, sportif, civique.

Les PEDT sont aujourd’hui reconnus par la loi. Il faut s’en féliciter. Même s’ils n’ont pas l’envergure des PEL dont ils constituent un segment, ils marquent bien aujourd’hui le travail des collectivités locales sur les territoires, leur participation dans le débat éducatif. Moteur d’une véritable dynamique de coopération entre les membres de la communauté éducative, le PEDT vise à favoriser le croisement avec la commune et les autres collectivités locales, les associations, l’école, les familles, tous les partenaires éducatifs qui, sont impliqués dans l’avenir des jeunes, dans l’objectif de combattre les inégalités scolaires et sociales.

Reste à être ambitieux et à faire de ce PEDT une première marche vers un PEL, un véritable levier du changement pour que le beau projet qu’est l’éducation partagée aboutisse.

Chaque acteur éducatif doit ainsi trouver sa place pour donner du sens à son action et s’engager à poursuivre des objectifs communs.

La responsabilité et la légitimité de chacun doivent être reconnues, tout en affirmant les valeurs communes sur lesquelles reposent les actions respectives. Le concept d’éducation doit intégrer toutes les formes d’actions. Se servir du socle commun de connaissances et de compétences peut être, à cet effet, une base possible, une passerelle entre l’école et autres temps de vie, extrascolaires qui participent au même titre, à l’éducation du futur. Il doit être le garant de la continuité, la cohérence et la complémentarité des actions et des partenaires pour éviter les ruptures temporelles et structurelles.

La notion de parcours est aussi primordiale et doit être le fer de lance des réflexions, en ce qu’elle permet de s’entendre sur les besoins des enfants (qui ne sont pas forcément les mêmes), de lutter contre la suractivité en proposant non pas un catalogue, mais des modules variés qui incluent des actions d’accompagnement scolaire (APC, Clas, études surveillées en attendant les suites des décisions nationales sur le travail personnel,), des temps de jeux (individualisés, collectifs, coopératifs) et de lecture, des ateliers orientés sur la découverte (avec l’objectif de susciter l’appétence pour les activités culturelles, artistiques, sportives). L’Andev est convaincue du bien-fondé des activités périscolaires et des parcours éducatifs développés par les collectivités et formalisés dans le cadre d’un PEDT.

Chacun sait que l’enfant aujourd’hui est le citoyen de demain, que son épanouissement passe par sa propre mobilisation, celle de sa famille, de l’Etat et des territoires. Cette mobilisation engage tous ceux qui contribuent à l’éducation, tant une société qui ne se préoccupe pas pour elle-même de ses enfants, perd inexorablement son estime de soi.

L’éducation au sens large du terme nécessite plus que jamais la volonté collective de tous les acteurs de prendre au sérieux l’objectif de la réussite de tous, et de s’en donner les moyens, y compris quand cela devrait bousculer les positions acquises. Plus que de savoirs, nous aurons besoin de savoir être, savoir-faire et de compétences. Et plus que sur l’école, il faudra compter sur les territoires et la famille pour définir un vrai projet de société pour avancer vers l’efficience éducative et scolaire.

Gageons que les communes, fortes déjà d’une expérience de 30 années dans la construction des Projets Educatifs Locaux, sauront combiner le génie territorial avec la mobilisation de l’intelligence collective pour l’avenir.

Anne Sophie Benoit

Présidente de l’ANDEV

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