Texte support des rencontres 2013

mercredi 3 juillet 2013, par Paul Monnoyer

Depuis maintenant près de 10 ans, nous mettons l’accent sur la plus value en terme de cohérence éducative des projets éducatifs locaux. Celle-ci est reconnue par le projet de loi d’orientation et de programmation de l’école, qui stipule que le projet éducatif territorial permet « de tirer parti de toutes les ressources du territoire et de créer des synergies pour garantir une plus grande continuité éducative entre les projets des écoles et les activités proposées aux élèves en dehors du temps scolaire et offrir à chaque enfant un parcours éducatif cohérent et de qualité ». Ainsi le contexte dans lequel s’inscrivent les cinquièmes rencontres des PEL marque un changement profond de la façon dont notre société conçoit l’éducation et le système éducatif. C’est bien de refondation dont il s’agit : l’Etat reconnaît le rôle des collectivités locales en matière éducative, leur capacité à se doter d’une stratégie éducative contribuant au bien être des enfants, à leur réussite éducative et à un développement territorial harmonieux. Cette loi offre l’opportunité de sortir du dualisme entre stratégie de l’Etat et stratégie des collectivités territoriales, entre deux approches des temps éducatifs celle traitant de l’école et celle s’intéressant à l’action éducative dans les temps de loisirs. In fine le projet de loi offre l’opportunité de modifier la gouvernance du champ que recouvre l’éducation, c’est-à-dire d’articuler service public national d’éducation et service éducatif local. En quoi l’inscription des projets éducatifs territoriaux dans la loi modifie le système éducatif, sa gouvernance, la place et le rôle des acteurs et espaces éducatifs ? Comment les acteurs éducatifs engagés depuis 10 ans dans le développement de PEL peuvent contribuer à faire en sorte que l’inscription des projets éducatifs territoriaux dans le paysage législatif participe effectivement à l’émergence de nouveaux territoires éducateurs ?

1. Initier des dynamiques de mobilisation citoyenne

Le PEL doit être conçu de notre point de vue comme un projet philosophique (une conception de l’éducation partagée), social (favorisant la participation plus grand nombre de citoyens) et politique (proposant une éducation démocratique et une éducation à la démocratie).

Il s’agit donc de faire en sorte que les concepts de développement et de globalité éducative soient effectivement appropriés ou « habités » par les acteurs éducatifs , soit de prendre le temps de partager quelques définitions conceptuelles pour partager le sens de l’action éducative : éducation et instruction, éducation et action éducative, pratiques éducatives et pratiques pédagogiques, enfants et élèves, enfants et apprenants,…

Il s’agit également de s’attacher à distinguer projet et programme, le projet éducatif territorial et le projet éducatif communal ou les projets éducatifs des différentes institutions et structures du territoire. Comment inviter à distinguer et conjuguer projet et programme et penser des projets locaux pour l’éducation faisant lien avec les différents projets éducatifs des institutions éducatives ?

Réunir et mettre en synergie les acteurs éducatifs et toutes les compétences territoriales, c’est d’abord pour promouvoir le rôle de l’éducation et définir les ambitions éducatives d’un territoire.

Comment installer une mobilisation citoyenne et une véritable dynamique de participation, une culture de la participation ? Comment installer une réelle gouvernance démocratique ? Comment parvenir à donner corps à un pacte de confiance entre les différents partenaires du projet éducatif territorial, les membres de la communauté éducative ? Comment traduire ce pacte de confiance, outil d’une gouvernance harmonieuse ?

2. Favoriser le dialogue et les synergies des acteurs éducatifs

Si le PEL est piloté par la collectivité locale d’implantation de celui-ci, l’implication de tous les acteurs éducatifs est effectivement incontournable pour que se créent de véritables convergences éducatives.

Comment favoriser l’inscription des acteurs des PEL dans un processus de changement donc dans une réflexion complexe et permanente situant l’acte éducatif dans une logique émancipatrice ? Quelles occasions et espaces installer afin que les différentes professionnalités entrent dans des processus contribuant à l’émergence d’une culture partagée – plutôt que commune, afin qu’elle soit pleinement respectueuse des identités professionnelles ?

Des espaces de dialogues entre les différents acteurs éducatifs existent ; le projet de loi crée de nouvelles opportunités pour la rencontre et la mise en convergence de l’action des différentes professionnalités. Le socle commun de connaissances, de compétences était déjà sans aucun doute un « outil » possible pour installer un dialogue entre enseignants et animateurs, entre enseignants. Le fait de le transformer en socle commun de connaissances, de compétences et de culture nous semble renforcer l’intérêt de cet outil de dialogue. Insérer la notion de culture dans le socle commun peut notamment renforcer la légitimité des acteurs des temps de loisirs se saisir de cet « outil ».

La fonction des animateurs a évolué avec le développement des espaces d’accueil éducatifs complémentaires au temps scolaire. Sans créer un nouveau métier, les évolutions à l’œuvre et celles attendues invitent à préciser les besoins de cette profession dont les besoins de formation et qualification tant initiale que continue. Des espaces de formation partagée avec tous professionnels des temps éducatifs seraient également opportuns.

3. Conjuguer l’action des espaces éducatifs

Comment parvenir à défragmenter davantage les temps et espaces éducatifs, à installer une réelle cohérence entre temps scolaire et temps péri et extra scolaires ?

La question du périmètre du PEL a de ce point de vue toute son importance. L’échelle du projet territorial peut paraître complexe à déterminer ; il semble pertinent de l’adapter aux réalités territoriales, celles des structurations politiques et des bassins de vie notamment en précisant le territoire pertinent de pilotage du projet de mise en œuvre et de mobilisation des acteurs.

Par ailleurs, le projet de loi installe des espaces qui peuvent utilement partagés. La mise en œuvre de Projets d’activités complémentaires n’est-elle pas une occasion d’installer concrètement des temps et contenus partagés entre enseignants et acteurs éducatifs de l’accueil périscolaire, de la médiathèque, du club sportif, etc ?

Enfin tous les temps interstitiels entre l’école et la famille peuvent, doivent générer des occasions de rencontre formalisée des éducateurs, enseignants, personnels de l’éducation nationale et des collectivités territoriales, animateurs, et parents.

Comment articuler le projet d’école ou d’établissement avec les temps qui précèdent et qui suivent les temps scolaires ? Et simultanément comment impulser réellement le fait que les projets éducatifs des structures et espaces des temps de loisirs - centre de loisirs, structures culturelles, clubs sportifs, etc- s’articulent avec l’organisation et les contenus des temps scolaires ?

Enfin, une attention particulière devra être portée, ainsi que le décret sur la scolarisation des enfants de moins de trois ans y invite , à l’accueil sur le territoire de la première enfance et donc à la cohérence entre les projets des différents espaces et acteurs de cet accueil.

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