Synthèse du Conseil National d’Orientation

mardi 4 août 2009, par Paul Monnoyer

Le champ de l’éducation connaît de profondes mutations. On est en effet progressivement passé d’un modèle éducatif, régi par l’institution scolaire et organisé selon une conception centralisée et descendante de l’autorité, où chaque institution avait une place bien définie dans l’éducation de l’enfant, à un modèle beaucoup plus diversifié où émerge une multiplicité de valeurs et d’espaces éducatifs.

Des questionnements, des évolutions, voire des « crises » au sens de « ruptures », mais aussi de moments de « recomposition » et de « choix », ont mis en cause chacune de ces institutions et leur équilibre réciproque dans la seconde moitié du XXème siècle. La famille traverse une phase de mutations importantes qui posent la question de la filiation (transmission de l’histoire familiale, de l’origine). Enfin, les associations (les fédérations d’éducation populaire, les associations sportives, les mouvements de jeunesse etc.) rencontrent plus de difficultés aujourd’hui pour faire reconnaître leur projet. De plus, les espaces d’apprentissage et de socialisation se multiplient et constituent de nouvelles réalités à appréhender dans le cadre de l’éducation de l’enfant et du jeune. S’est progressivement dilué le sentiment de coresponsabilité de l’éducation qui prévalait entre les acteurs.

L’intérêt croissant du niveau local pour l’éducation Cette complexification du champ éducatif a accru la nécessité que l’éducation soit « l’affaire de tous ». De nombreux acteurs se sont sentis plus légitimes pour en parler, et on a constaté qu’elle posait des problèmes invitant à une prise en compte transversale et partenariale. Face à cette évolution, n’est-il pas fondamental de définir les termes ou concepts au niveau de chaque territoire en associant l’ensemble des acteurs impliqués dans l’éducation. Qu’entend-on par éducation ? Qu’entend-on par réussite ? Qu’entend-on par politique éducative locale : une politique municipale, une politique partagée par l’ensemble des acteurs sur un territoire ? Qu’entend-on par projet éducatif territorial ?

De nombreux dispositifs ont alors vu le jour. Ceci a permis de poser la question d’une véritable politique locale d’éducation pour laquelle les collectivités locales prennent progressivement conscience du rôle essentiel qu’elles peuvent jouer en termes d’animation d’une réflexion et de sa mise en œuvre.

Les premiers Projets Educatifs Locaux ont constitué une méthode pour favoriser le partenariat et la complémentarité des actions éducatives, plus qu’une véritable politique au service de la globalité de l’éducation. Les acteurs éducatifs ont pu se rencontrer, ont appris à mieux se connaître, à se reconnaître et travaillent davantage en partenariat. Pour autant, l’élaboration et la mise en œuvre de véritables Projets Educatifs Locaux n’est pas aujourd’hui une réalité.

Le contexte actuel incite à franchir une nouvelle étape dans la dynamique éducative. Une des lectures possibles de ces évolutions autorise à considérer qu’on assiste à une tentative de scolarisation de l’éducatif qui consisterait en un véritable retour au modèle scolaire antérieur, où le champ éducatif se définissait principalement par l’école. Se pose alors la question de l’avenir des autres espaces éducatifs qui sont pourtant fondamentaux dans la réussite éducative d’un enfant : ceux où il peut expérimenter ce qu’il a appris à l’école, apprendre aussi d’autres contenus, renforcer la confiance en soi, l’apprentissage de solidarité, la responsabilité, apprendre d’autres comportements. L’ensemble de ces facteurs invite à proposer une nouvelle étape par des ambitions renforcées pour les PEL.

Un cadre législatif d’orientation pourrait conforter la construction des projets éducatifs locaux. Il est essentiel, pour toute société, de se doter d’un projet d’éducation, afin d’assurer sa pérennité en transmettant son mode de fonctionnement, ses codes, ses valeurs, son projet, pour préparer la maîtrise de l’avenir… Aujourd’hui, on reconnaît dans de nombreux pays, dont la France, l’obligation d’éducation. Cependant, dans notre pays, s’il existe une loi sur l’obligation d’instruction, l’obligation d’éducation n’est pas précisément posée. Le besoin se fait sentir aujourd’hui d’instaurer un cadre législatif qui puisse permettre d’aborder la question éducative beaucoup plus largement qu’elle ne l’est, à travers les lois sur l’école ou sur la famille. Il permettrait aussi de développer, avec la participation et sous le contrôle des citoyens, des projets sur tous les territoires, y compris ceux qui n’ont encore engagé aucune démarche. Serait ainsi posée la question essentielle de l’équité dans l’accès de tous à l’éducation, selon le lieu de résidence.

Un outil, le Projet Educatif Local ou Territorial. En quoi est-il différent d’un programme d’actions qui caractérisait plutôt les CEL ? N’est-ce pas plutôt une dynamique, un processus ? Qu’entendent les différents acteurs éducatifs sous ce terme ? Par exemple, il y a souvent confusion entre ce qui relève de la politique éducative municipale, et ce qui relève du projet éducatif local. Un travail important de définition des termes est à réaliser, en associant tous les acteurs éducatifs à la démarche. Ne faut-il pas réfléchir à la manière dont tel ou tel acteur éducatif, par exemple la PMI, ou une école, est concernée par la politique éducative du territoire, et peut y être intégrée, tout en respectant son champ d’intervention défini au niveau départemental ou national ?

La question du périmètre territorial est aussi à aborder. S’il revient à l’Etat de fixer des orientations nationales pour l’éducation à travers la définition d’un cadre législatif, sa déclinaison ne peut se faire qu’au niveau local à travers la mise en œuvre d’un PEL. Quel rôle les collectivités locales ont à jouer pour permettre aux acteurs éducatifs d’un territoire de construire ensemble un projet ? Un rôle de pilotage, ou plutôt d’animation d’une réflexion autour des valeurs et des principes éducatifs à promouvoir ? Les agglomérations, en tant que territoires de vie des adolescents, n’ont-elles pas non plus une part à jouer dans cette réflexion ? Autant de questions auxquelles il est nécessaire d’apporter des réponses au niveau local, selon les contextes et les spécificités de chaque territoire.

Une réflexion sur le contenant s’impose également aujourd’hui. Quelle forme de structure pourrait porter un PEL plus institué ? Quelle place et quel rôle les partenaires pourraient y prendre ? On ne peut pas se passer d’une réflexion sur le contenant tant celui-ci peut influer sur le contenu.

Une méthode, la délibération entre l’ensemble des acteurs. Le passage d’une politique éducative municipale à une politique éducative de territoire se traduit par la mise à plat des compétences propres des uns et des autres partenaires, et la mise en débat des questions qui peuvent être discutées et partagées collectivement. Quels acteurs doivent participer à la délibération ? Les professionnels de l’éducation, les experts de l’éducation, ou tous les acteurs, qui, à un moment ou un autre, sont susceptibles d’accomplir un acte éducatif ? Les enfants, les jeunes et les familles ne doivent-ils pas aussi être associés à la démarche ? De quelle manière associer les enfants et les jeunes au projet ? De quelle manière permettre l’expression et la prise en compte des souhaits des parents ? Comment associer véritablement l’ensemble des habitants ?

Autant de questions sur lesquelles il est aujourd’hui important d’avancer, si l’on souhaite vraiment franchir cette nouvelle étape dans la construction des politiques éducatives territoriales. Les PEL peuvent et doivent aujourd’hui porter ces ambitions.

Portfolio