Rencontres Nationales des PEL - La problématique générale

lundi 11 septembre 2006, par Paul Monnoyer

Les projets éducatifs locaux ou territoriaux constituent une nouvelle approche des questions éducatives dans leur relations avec le tissu social, culturel et économique local. Ils conduisent, de fait, à repenser l’éducation dans son ensemble et non plus seulement la question scolaire. Le moment est venu d’effectuer un premier point sur les dynamiques à l’œuvre et sur les perspectives qui s’ouvrent ; ces premières rencontres nationales sont un espace d’échanges, de réflexion, de confrontation. En effet, les différents acteurs des PEL (élus, coordonnateurs, partenaires associatifs et institutionnels) attendent de pouvoir débattre de leurs pratiques locales, mais aussi de pouvoir approfondir un certain nombre de sujets et de se donner une « culture commune et partagée » sur les notions de territoire, d’éducation, de projets et de politiques éducatives dans leur dimension institutionnelle comme dans leur fonction d’animation sociale des territoires.

La question de l’éducation, des diverses fonctions éducatives, de l’évolution des formes dans lesquelles elles s’exercent se pose d’une autre façon sous l’effet de plusieurs mutations de la société et sous l’influence de recompositions politiques et territoriales liées à la décentralisation, à la montée d’instances supra-nationales et infra-nationales :
-  les transformations de la famille, la variété des agencements familiaux
-  les phénomènes de « désinstitutionnalisation éducative », le brouillage des espaces/temps traditionnels, la montée d’espaces temps de socialisation/éducation entre pairs
-  la confrontation permanente aux médias ; leur rôle ainsi que ceux des jeux vidéos, de la musique dans la vie des enfants et adolescents au regard de leurs autres activités
-  la mise en question des pédagogies frontales, de certaines logiques d’éducation populaire, la place croissante de l’éducation non formelle et informelle, l’évolution du rapport entre formation initiale et formation continue ou permanente
-  les conséquences de ces évolutions sur les « lieux de vie », les « cadres de l’expérience », donc sur les questions d’urbanisme, d’architecture des espaces éducatifs ?

Le cadre général de la problématique

Education, projet, territoires, publics, autant de concepts qui légitiment les PEL, mais autant de notions sur lesquelles il vaut mieux s’entendre le plus tôt possible.....Nous ne devons pas faire l’économie de l’échange de nos représentations. De celles qui nous amènent à considérer le rapport que l’Education, l’action éducative, la réussite éducative entretiennent avec le champ scolaire, avec le champ de la vie quotidienne, avec le champ du loisir. De celles qui nous amènent à définir les fonctions éducatives vitales sur et pour un territoire. De celles qui peuvent permettre de sortir de l’opposition entre formation initiale et formation continue/permanente pour penser une logique d’éducation tout au long de la vie. De celles qui nous amènent à nous projeter dans différentes configurations territoriales, en fonction notamment des publics pour lesquels on agit, en fonction des réseaux d’acteurs que l’on mobilise... Est-ce le territoire qui donne le sens à l’action des différents acteurs ou bien les acteurs et les actions qui modèlent le territoire ?

Les questions humaines, de relation, de transversalité, de complémentarité, l’alternance entre l’action spécifique et les réalisations collectives, les places des habitants, des bénéficiaires constituent, dans l’espace territorial, diverses facettes d’un phénomène de mobilisation des énergies qui participe à l’évolution des organisations sociales. En conséquence, les notions de cohérence, de démarches, d’organisation, de rapports institutionnels, de formes de participation des acteurs et des bénéficiaires doivent donc être interrogées non seulement en tant que garanties des « bonnes pratiques » mais aussi au regard du développement et du renouvellement des sociétés locales.

Enfin comment l’évaluation, dans les différentes acceptions du terme, dans toute l’étendue de la notion allant du bilan à une stratégie d’organisation du « dialogue social local », peut elle constituer une aide, un repère pour l’avenir des « sociétés éducatives locales » ?

La démarche de la collectivité territoriale, chargée, en relation avec les acteurs éducatifs locaux, de faire sens par la mise en vie d’un projet est bousculée par le foisonnement des contrats et dispositifs nationaux ou régionaux. Leurs traductions, diversifiées par nature, s’inscrivent elles-mêmes dans un contexte en évolution ne déterminant que peu de points communs entre un territoire peu organisé auquel s’offre la possibilité d’une première structuration et un territoire dans lequel la coordination est devenu un jeu complexe entre acteurs de statuts et de missions distincts. De plus, l’élaboration, la mise en œuvre du PEL se conduit en relation avec le « tissus associatif » dont les constituants sont eux aussi animés de logiques propres, en référence à leur objet social.

Les évolutions des systèmes contractuels, qu’elles soient locales, régionales ou nationales créent des « à coups » dans la conduite du PEL ; ainsi en cette fin d’année 2005, les questions relatives aux CEL, aux CTL, l’émergence des « Projets de réussite éducative » posant la question de l’individualisation de l’action éducative, les jeux d’influence entre acteurs institutionnels constituent autant de « zones d’incertitude » pour l’avenir de certaines initiatives locales, mais participent aussi à positionner le territoire, les collectivités qui en ont la gestion, les acteurs de cet espace comme échelon de pilotage des politiques éducatives.

Dans cette « montée du local », face au partage des « compétences éducatives », assistons-nous au passage d’un système unipolaire vertébré par l’organisation scolaire à un système éducatif multipolaire reposant sur les dynamiques locales ? Comment considérer l’obligation d’enseignement face à l’initiative, la liberté que suppose le PEL ? Pour garantir une meilleure cohérence à l’échelle nationale et une plus grande égalité des chances, devons nous participer à la définition des missions régulatrices de l’Etat, ? Quel « service local public d’éducation » voulons-nous promouvoir ?

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