Plaidoyer contre la "constante macabre"

vendredi 16 janvier 2004

Article issu du Nouvel Observateur

Quand la note « tue » Pour André Antibi, notre système de notation est à l’origine même de l’échec scolaire. La mission première de l’enseignant est de former, non de sélectionner

Le Nouvel Observateur. - Votre prochain livre dénonce la « constante macabre » du système éducatif. L’expression fait trembler. De quoi s’agit-il ?

André Antibi. - D’un terrible dysfonctionnement dû au poids d’une longue tradition ! Je m’explique. La note, qui conditionne la réussite ou l’échec, est très importante pour l’élève. Mais cette note ne reflète pas forcément son travail. Beaucoup de professeurs reconnaissent que, quel que soit le niveau de leurs classes, ils répartissent inconsciemment les copies de leurs élèves en trois tiers : un tiers de mauvaises copies, un tiers de moyennes et un tiers de bonnes, pour que la moyenne de la classe tourne toujours autour d’une constante, environ 10 sur 20.

N. O. - Et pourquoi « macabre » ?

A. Antibi. - Parce que cette pratique décourage, fabrique de l’échec scolaire, et élimine ainsi des générations d’élèves. Certains qui auraient été « moyens » dans une classe se retrouvent « en échec » dans une autre, tout simplement parce que le professeur doit mettre des mauvaises notes pour être crédible.

N. O. - Mais pourquoi un prof doit-il mettre obligatoirement des mauvaises notes ?

A. Antibi. - Quels sont les parents d’élèves qui feraient confiance à un professeur de mathématiques qui ne distribuerait que des bonnes notes ? Il passerait pour laxiste. Ses collègues le verraient comme un dangereux démagogue et auraient même quelques inquiétudes pour les élèves, qui dans un tel contexte seraient orientés en fin d’année vers des sections scientifiques. Personne ne penserait que ce prof est tout simplement meilleur que les autres, qu’il a su se faire comprendre de ses élèves et les motiver. C’est irrationnel, mais on a tous dans l’esprit qu’un bon prof est un prof qui note sec.

N. O. - Vous ne suggérez tout de même pas que l’on supprime la notation ?

A. Antibi. -Non, mais que l’on révise cette pratique qui fonde l’école en France. L’école a-t-elle pour but d’insécuriser les élèves, de les mettre en échec, de les soumettre à cette violence quotidienne ou, au contraire, de leur donner confiance et de récompenser leur travail ? En tant qu’enseignant, ma mission n’est pas de sélectionner mais de former. J’ai choisi ce métier pour donner à mes élèves le maximum de connaissances possible, dans les meilleures conditions d’apprentissage possible. Mon livre est un plaidoyer pour les élèves qui sont maltraités par le système, mais aussi pour les professeurs auxquels on fait faire le sale boulot desélectionneurs.

N. O. - Cela signifie une remise en question de tout notre système de sélection ?

A. Antibi. -Ce que je conteste, c’est qu’il faille, pour dégager une élite, fabriquer artificiellement des mauvais élèves.

N. O. - Comment éliminer cette « constante macabre » ?

A. Antibi. -En commençant par prendre conscience du phénomène, qui est beaucoup plus grave qu’il n’y paraît, puisqu’il s’agit du bonheur des élèves et de leur réussite. Un élève mis en échec est découragé, il n’est pas en mesure de donner le meilleur de lui-même. L’école manque à son rôle éducatif. Mais on peut aussi noter qu’il existe des exceptions à la « constante macabre » qui donnent des raisons d’espérer. A l’école primaire, dans l’enseignement professionnel ou dans les matières dites secondaires (en musique, en gymnastique, en travaux pratiques...), on ne saque pas, soit qu’on estime la sélection déjà faite, soit qu’on la juge inutile.

N. O. - Et concrètement, quel système proposez-vous ?

A. Antibi. - C’est extrêmement simple. Il suffirait d’avoir un système d’évaluation par objectifs. C’est-à-dire déterminer précisément ce qu’un élève doit savoir. Pourquoi avant un contrôle le professeur ne définirait-il pas ainsi la partie du programme ou même le type d’exercice qu’il va soumettre à ses élèves ? Alors qu’aujourd’hui, en rédigeant les données d’un devoir, il fait en sorte de les piéger, même si c’est souvent inconscient. Il faut être logique, ce n’est pas le jour du contrôle que l’on va déceler un futur Einstein ! Non, un contrôle doit seulement servir à évaluer le travail ! Bien sûr, je vous entends déjà penser : ça y est, c’est le laxisme intégral, tout le monde va avoir des bonnes notes, on ne pourra même plus savoir qui sont les bons et les mauvais. Mais pas du tout ! Il n’est pas question de donner 20 sur 20 à tout le monde. Le contrat est parfaitement clair. L’élève qui a travaillé pourra avoir de bonnes notes. Tandis que dans le système actuel, s’il a le malheur de faire partie du mauvais tiers de la classe, il se retrouvera toujours avec une mauvaise note.

N. O. - Mais c’est affreux, ce que vous dites ! Les cancres ne pourront même plus reporter la faute de leurs mauvaises notes sur le professeur ?

A. Antibi. -Vous avez raison ! Je vous l’ai dit, il ne s’agit pas d’être permissif mais d’être juste. Il faut surtout se rappeler que ce qui incite le plus à travailler, c’est la réussite. Pas l’échec. Si nous ne changeons pas, nous continuerons à gâcher des gamins qui ont un potentiel. Et toutes les politiques d’allégement de programmes n’y changeront rien.

André Antibi, 58 ans, est directeur de l’Institut de Recherche sur l’Enseignement des Mathématiques (Irem) à Toulouse.

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19 commentaire(s)

Plaidoyer contre la "constante macabre" - 25 septembre 2007

Je viens de sortir d’une réunion d’établissement sur le sujet de la méthode Antibi. Sortie sceptique de cet exercice que j’ai jugé (a priori) démagogique voire dangereux, J’ai pris le parti de me renseigner et (pourquoi pas) de tester avant de m’offusquer.

Plusieurs questions me taraudent néanmoins et je n’y trouve aucune réponse : M. Antibi part du constat d’un "échec scolaire artficiel" qui serait dû à la constante macabre. Peut-être... MAis je trouve bien plus inquiétant le VERITABLE échec scolaire qui ne cesse de s’accroître et qui lâche chaque année dans la nature des enfants de 16ans sans aucun diplôme, aucune culture, aucun esprit critique.

D’autre part, je ne crois pas (en tous cas en ce qui concerne le collège) qu’il y ait autant d’élèves qui travaillent sans être récompensés par de bonnes notes (mis à part les cas épineux des dys- en tous genre dont il faut s’occuper individuellement pour éviter leur échec injuste). Moi même professeur de français (mauvaise élève car ayant des moyennes autour de 10 ou 12/20), je n’ai pas le sentiment de brimer mes élèves lorsque je consacre 10 points (que dix points !) sur 20 à l’application stricte de la leçon et le reste à un peu plus de réflexion et d’autonomie. Ce que j’évalue ce sont moins des connaissances qu’une démarche et une acuité à réfléchir, à critiquer, interpréter de manière autonome. Former des troupeaux de moutons ne me semble pas une perspective souhaitable.

Enfin, (et c’est peut-être ce qui me gène le plus) j’ai peur que cette manière "nouvelle" d’évaluer ne rencontre ce succès auprès des chefs d’établissement que parce qu’elle permet de "doper" les moyennes. Je n’accuse pas M.Antibi de vouloir masquer la baisse du niveau général par un système arrangeant mais j’ai peur que ce ne soit ainsi que ce système soit interprété.

On ne peut nier que les élèves ont perdu en autonomie et en réflexion, ce n’est pas les évaluer sur des "tartes à la crème" qui risque de les faire progresser en ce sens.

C’est une conclusion partielle et un avis "à chaud", je serai peut-être amenée à le réviser après expérience, mais je suis aujourd’hui convaincue que cette méthode s’inscrit dans un parti pris social et politique dangereux : on fait miroiter aux plus faibles (élèves comme adultes) qu’ils sont au niveau des plus forts pour que, rassurés par cette illusion, ils ne voient pas venir le coup de bâton qui les asservit...

> Plaidoyer contre la "constante macabre" - 12 février 2006, par ANDRE KERBARH Professeur de Math en Collège depuis 35 ans et titulaire d’une licence de Sciences de L’Education

Bonjour, J’ai subi et pratiqué pendant mes premières années la logique du 2/3 au-dessus de la moyenne et un 1/3 au dessous. Et je faisais en sorte d’en arriver à cette proportion : c’est très facile en Math de "piéger" les élèves : une difficulté par-ci et une difficulté par là. Depuis environ 12 à 15 ans, bien que je ne fasse plus la moyenne de la classe, la plupart de mes élèves ( 9 sur 10 ) ont plus de 10 à 12 sur 20. Pour cela, je fais ce que Mr André Antibi préconise : je définis à l’avance ce que les élèves doivent savoir et les entraînent à cela. Bien sûr, il y a quand même quelques échecs, en particulier pour les élèves qui ne font rien, mais cela reste limité. Un chose aussi : j’essaie de désacraliser la note (surtout en Math)en ne faisant pas un total sur 20, mais sur 17 ou 25....cela ne paraît rien, mais ça compte beaucoup dans la tête des élèves : il n’y a pas ce fameux référentiel à 10 sur 20

Merci de réagir à ces propos

André KERBARH, Math - Collège privé catholique en Bretagne.

> Plaidoyer contre les pervers - 28 septembre 2006

oui je suis daccord

> Plaidoyer contre la "constante macabre" - 26 janvier 2006, par mipome

Formidable ! Génial ! Voici que les médias découvrent le remède miracle pour faire réussir tous nos pauvres élèves traumatisés depuis des lustres par des ensignants incapables de penser positivement leurs évaluations. En tant que prof proche de la retraite, j’ai le regret de dire qu’ en dépit de tous mes efforts pour la réussite de tous, il y a toujours une part, variable selon les classes, d’élèves qui n’apprennent pas les leçons et échouent pour cette raison, même quand le contrôle porte strictement sur des points récemment travaillés en classe. Ajoutons-y ceux qui, présents dans les classes, n’ont pas acquis les bases nécessaires pour suivre utilement l’enseignement donné. Dans une configuration "normale", ils sont peu nombreux. J’ajoute que lorsqu’une classe fonctionne bien, il est parfaitement possible d’avoir des moyennes très élevées et je m’inscris en faux contre cette idée de "constante macabre" qui pour moi s’apparente à de la pure démagogie.

> Plaidoyer contre la "constante macabre" - 31 janvier 2006, par Marie

J’ai déjà réagi sur ce forum et je souhaite intervenir de nouveau.

La constante macabre semble effectivement démagogique a priori : taper sur les professeurs dans le contexte actuel est à la mode et facile. Mais ce n’est pas ce que fait André Antibi.

Après réflexion, et après des conférences de plusieurs heures, des professeurs réticents aux premières minutes, comme il est normal de l’être, se voient obligés de reconnaitre qu’ils sont VICTIMES de ce phénomène, comme touche tout le monde : professeurs, parents, élèves. Ceci n’est en rien un réquisitoire contre les professeurs. Le combat de monsieur Antibi-et si vous prenez le temps de lire son livre vous le comprendrez à votre tour-a pour seul objectif d’améliorer les conditions d’apprentissage des élèves, et celles d’enseignement des professeurs.

Il ne faut pas juger trop vite. C’est une chose qui bouscule et qui demande réflexion. Il ne faut pas vous sentir coupable face aux propos de Monsieur Antibi, mais victime, et c’est parfois plus difficile à faire.

Supprimer la constante macabre ne supprimera pas les inégalités naturelles ou sociales qui existent. Et le système d’évaluation qui est proposé (http://mclcm.free.fr) cherche juste à révéler les réelles capacités et compétences des élèves, sans stress superflu ni réflexion surajoutée et inutile dans le cadre d’une validation d’acquis. C’est un système qui est utilisé pour certifier les compétences des pilotes d’avion : si vous ne le trouvez pas fiable, je vous déconseille de prendre l’avion à l’avenir ! Cela dit, je vous souhaite bonne réflexion et une bonne retraite. Marie

> Plaidoyer contre la "constante macabre" - 6 février 2006

Je trouve triste qu’un professeur sous entende qu’il laisse des élèves de côté sous prétexte qu’ils "n’ont pas acquis les bases nécessaires pour suivre utilement l’enseignement donné". C’est au professeur à s’adapter et à différencier son enseignement !! Je suis professeur des écoles et il y a bien longtemps que j’ai compris que nous devons travailler en priorité pour les élèves qui n’ont pas le niveau, les autres s’en sortiront de toute façon, même sans nous.

> Plaidoyer contre la "constante macabre" - 21 mai 2006

Je trouve votre dernière phrase extrêmement choquante : vous devez travailler pour tous les élèves, c’est la mission que vous assigne l’Ecole de la République ! Pour soulager une éventuelle mauvaise conscience, vous avez le droit de faire des heures supplémentaires et/ou de vous investir dans toutes les structures d’aide qui peuvent exister mais en aucun cas de décider de mettre de côté certans élèves dont vous décrétez avec une scandaleuse légèreté qu’ils "s’en sortiront de toute façon" !

> Plaidoyer contre la "constante macabre" - 3 septembre 2006

Quand vous indiquez qu’il faut travailler pour tous les élèves, je crois que vous n’avez pas compris que l’enseignant que vous critiquez ne veut juste pas travailler à a place de l’élève. Comme beaucoup de personnes, vous préférez que vos enfants réussissent à être de très bons perroquets (et à n’avoir aucune capacité de réflexion et d’imagination), plutôt que de faire des efforts pour pouvoir progresser. Malheureusement toutes les théories démagogiques du type de celle de M. Antibi auront des conséquences dramatiques quand les jeunes enfants-dieus auront à se confronter à la vie active et verront que tout n’est pas forcément prémaché. Pour ma part, je remercie mes anciens professeurs qui ont utilisé des méthodes moins "politiquement correctes" que celle de M. Antibi et qui ont fait qu’aujourd’hui j’aime montravail (d’ingénieur) et je sais qu’il faut faire des efforts pour réussir.

> Plaidoyer contre la "constante macabre" - 10 décembre 2005, par Mathieu Morinière - Evaluation par objectifs

Une manière d’évaluer autrement (par objectifs) :

http://michel.vauquois.free.fr
—  Mateo.

> Plaidoyer contre la "constante macabre" - 29 juin 2005

Voilà un article bien démagogique ! Voilà en effet que l’échec scolaire devient un scandale et qu’un bon professeur devient un professeur sans échecs !!! La constante macabre est le nivellement par le bas et ce type d’article y participe ! Le nouveau langage : tout le monde doit réussir, personne ne doit redoubler... Lamentable !

> Plaidoyer contre la "constante macabre" - 21 novembre 2005, par Chettih tahar

21/11/2005 Contre la constante macabre. Je suis un parent, j’ai des enfants mon seul souci est une constante : leur réussite à l’école ! Les enseignants sont des Prophètes s’ils sont justes... "Je trouve que la théorie de Monsieur ANTIBI est la solution pour sortir les enfants, tous les enfants du cycle de l’échec permanent et leur donner la chance". Les Anglo-saxons ne croient pas à la Théorie de Darwin(sélection des espèces) ils sont les meilleurs en matière de système d’éducation.Notre système applique la séléction dès la maternelle... Alors l’égalité des chances c’est pour quand ? De grâce laisser les gens de bonne volonté tel ce Grand Monsieur ANTIBI ouvrir la porte de la justice dans nos établissements et permettre à nos profs de devenir des Prophètes.

> Plaidoyer contre la "constante macabre" - 28 février 2006, par G Martineau

Je suis enseignant depuis plus de trente années. Ma carrière a été effectivement basée sur la réussite des élèves et des professeurs.

L’échec scolaire est véritablement un scandale !

Je suis actuellement responsable d’une SEGPA et je vis au quotidien cette descente aux enfers. Il y a de plus en plus de jeunes en grande difficulté. Je m’aperçois depuis quelques années que le nivellement par le bas se fait, en partie, parce que le système de notation démotive car il est injuste.

Un ancien sage (Chinois je crois) prônait qu’on devait payer son médecin uniquement lorsqu’on était en bonne santé, et on ne le payerait pas en cas de maladie. Un médecin ne doit-il pas nous garder en bonne santé ? Nous ! Les professeurs ne pourrions-nous pas consacrer le temps passé à sanctionner au service de la réussite ?

Et ça marche !

> Plaidoyer contre la "constante macabre" - 21 mai 2005

Il est triste de constater que M. Antibi tape un trop vite sur les professeurs (qui "piègent les élèves", même inconsciemment) sans vraiment chercher à savoir comment ceux-ci évaluent et quelle est la réelle volonté de réussir de la part des élèves. Le même professeur (j’en ai fait l’expérience) avec les mêmes cours et la même pédagogie peut très bien avoir des écarts de l’ordre de 3 ou 4 points sur ses moyennes de classe, d’une année sur l’autre. On peut aussi avoir des moyennes très différentes selon le contexte de notation : ayant enseigné les mathématiques pour une formation d’ingénieurs par apprentissage (ITII), je n’avais aucune note au-dessous de 10 (et environ 14 de moyenne) pour la simple et bonne raison que le contrat avec les étudiants était simple : chaque professeur devait évaluer ses étudiants en prenant 10 comme minimum admissible (pour dire que l’étudiant en sait un minimum acceptable), et l’étudiant savait qu’on était strict sur cette limite, avec une possibilité de travail de rattrapage le cas échéant. L’ambiance était à la fois studieuse et bon enfant : ce sont toujours mes meilleurs souvenirs d’enseignant.

Si, pour des raisons de "gentillesse" (on ne veut pas déplaire, froisser, etc...) on admet 9,8 au lieu de 10 alors le contrat n’a aucun intérêt... Ainsi j’ai aussi enseigné dans une école d’ingénieurs où, au fil des ans, avec la même exigence, de 11 de moyenne j’ai terminé à 6 de moyenne, tout en facilitant chaque année l’accessibilité à cette moyenne tant convoitée... par l’administration.

La constante macabre est donc plutôt celle d’une régression vers le bas par peur de déplaire et par laxisme sur les limites qu’on s’impose (et qui donc ne servent rapidement plus à rien !). Si on avait la même attitude avec la musique ou l’athlétisme, alors les chaînes de télévision n’auraient ni concert à montrer ni manifestation sportive à promouvoir.

Le sujet de la signification de l’évaluation reste entièrement à étudier : donner la liste des exercices-type à l’avance (par exemple) ne permettra que d’évaluer la réussite à de tels exercices, pas d’évaluer le niveau d’assimilaion de concepts (si tant est qu’on veuille faire assimiler des concepts...). La notion d’exercice-type est elle-même à étudier de près et le stéréotype du copier-coller est malheureusement la gangrène qui menace une telle méthode.

Je pense que M. Antibi a eu une bonne idée de départ (Quel sens donner à l’évaluation) mais qu’il a trop vite conclu.

De plus, il faudrait aussi éviter de comparer la moyenne d’un élève par rapport à celles des autres, ou alors cela signifie qu’on ne lui accorde aucun crédit (donc qu’elle soit bonne au mauvaise n’a aucun sens). Il ne faut pas oublier non plus que, mathématiquement, un lot de très bons élèves va forcément faire baisser les moyennes, relativement à la moyenne de classe (et l’inverse pour un lot de cancres, souvent fiers de l’être) !

On oublie aussi que l’élève a son caractère et décide aussi de s’ajuster en fonction de ses objectifs, très variés selon les individus : ainsi un élève de Première ES décidant de faire une licence d’Allemand sera très différent du MÊME élève décidant d’intégrer une classe prépa...

Que de réflexions et études restant à mettre en chantier...

Dommage !

> Plaidoyer contre la "constante macabre" - 16 février 2005, par agrégé de mathématiques

Je constate avec amertume que certains stipendiés du courant psycho-démago-pédagogique sont arrivés à la présidence des irem.

Les mathématiques en seront certainement grandies... Quant à leur enseignement, qu’il ne débouche surtout sur aucune élite : tout le monde a gagné ! Et tant pis pour le rôle d’échelle sociale que pourrait jouer cette matière : ne sélectionnons personne ; c’est le meilleur gage pour les nantis de garder leur prérogatives et pour les autres de rester à leur place. Cette constante (révélée par toutes les statistiques) ne semble guère émouvoir le fossoyeur des professeurs trop sévères !

robert dreyer

> Plaidoyer contre la "constante macabre" - 20 février 2005

Mon cher collègue,

Il me semble plus opportun que ceux que vous qualifiez de psycho-démago-pédagogiques soient à la tête d’IREM et dans les médias plutôt qu’en face d’une classe. Ainsi ils peuvent conserver leurs illusions et ne nous embêtent pas. Personnellement, je n’ai jamais constaté cette histoire des trois tiers. Lorsque je confectionne un devoir, j’ai certaines attentes. Deux critères guident la conception de mes énoncés : la facilité de correction (mise en évidence de la maîtrise ou non de la notion, éviter les ambiguités) et la mise en évidence des capacités de réflexion de l’élève. A mes yeux, les maths sont utiles pour deux raisons : les connaissances et compétences qu’elles amènen, et la capacité d’abstraction qu’elles requièrent. Dans le même esprit de Monsieur Antibi, je suggère que l’on supprime les scores de matchs de Football. Parce que se prendre 10-0, même face à une grosse cylindrée, cela ne reflète pas le travail fourni !

> Plaidoyer contre la "constante macabre" - 15 juin 2005, par Marie

Messieurs,

Suivant moi même les expérimentations en cours en ce qui concerne le système d’évaluation que propose M.Antibi, je comprends votre réaction puisque c’est celle que le public des dizaines de conférences qu’il a menées a eu. Au début. Mais au bout de 2h d’exposition des faits, tout le monde comprend qu’il ne s’agit en rien d’un combat contre les professeurs, et que ce système d’évaluation n’est pas la conclusion de son livre, mais une proposition.

Et je vous conseille la lecture de son prochain livre, qui reportera le résultat de plusieurs centaines d’enseignants qui ont décidé de le suivre, et dans lequel vous pourrez lire, entre autre, que les élèves n’ont pas tous 20, et qu’ils travaillent davantage. entre nous, essayez de copier coller 15 exercices de niveau 6ème sans rien y comprendre, vous serez surpris de votre probable échec.

Sur ce, bonnes vacances. Marie

> Plaidoyer contre la "constante macabre" - 27 juin 2005, par Un jeune prof de math de banlieue, beur et fils de chômeur.

André Antibi dirigeait la collection Transmath de chez Nathan. Champion du hors-programme, Antibi a beau jeu de dire que les profs découragent inconsciemment les élèves méritants par des exigences démeusurées en contrôle. Antibi, à l’approche de la retraite (ouf..), crache dans la soupe. On ne le regrettera pas.

> Plaidoyer contre la "constante macabre" - 16 juillet 2006, par martine

qu’elle soupe ? comment peut on juger une personne qui souhaite donner une chance a un gamin qui pourrait etre bon en math mais qui a devant lui un prof obtut qui de toute facon ne se remettra jamais en cause sur ses facons d enseigner.Les parents sont la pour eduquer leurs enfants mais les profs sont la pour apprecier les capacites des gamins,je pense que cette methode peut donner enormement confiance a une grande majorite d’enfants en perdition

Et si c’était plus simple et plus compliqué que ça ? - 30 janvier 2007, par sylvain

En observant mes pratiques et celles de mes collègues, je trouve que parfois on retrouve cette Constante Macabre, mais pas forcément non plus.

J’ai surtout fréquenté des établissements de ZEP, et notre problème était plutôt de motiver des élèves découragés que sélectionner une future élite de la Nation sur un modèle gaussien.

Ainsi, sur 4 secondes, j’avais des résultats allant de 7,5 jusqu’à 12, avec les mêmes évaluations.

Connaître le concept de Constante Macabre possible est, à mon avis, aussi important que désacraliser la note sur 20, que certains profs accompagnent d’un "Peut mieux faire" laconique et peu lisible pour les familles...

Connaître les biais d’évaluation, les stéréotypes positifs ou négatifs me parait également très important. De même, utiliser la pédagogie par contrat, indiquer aux élèves des critères lisibles et cohérents au sein d’une équipe pédagogique peut permettre de diminuer ou d’annuler cette soit-disante Constante Macabre...